Les impacts en Bourgogne Franche-Comté du rapport du Conseil d’Orientation des Infrastructures, analyse par Alain Cordier, membre de la commission transports EELV
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Le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) vient de rendre public, fin janvier 2018, ses propositions en matière d’infrastructures de transports. Le rapport est intitulé « Mobilités du quotidien : répondre aux urgences et préparer l’avenir », il est signé en particulier par des personnes aussi variées que Karima Delli, Michel Neugnot, Matthieu Orphelin, et bien d’autres.

Le but de ce court texte n’est pas d’analyser de façon exhaustive les 215 pages du rapport, mais de compléter le communiqué national de la commission transports d’EELV par quelques remarques en rapport avec nos luttes en Bourgogne, avec des associations d’usagers des transports ferroviaires notamment.

Des engagements, quels engagements ?

Personne n’est dupe bien sûr, quant à la valeur réelle des engagements pris par l’Etat pour chacun des trois scénarios proposés. Ce quinquennat prend fin en 2022, les démarrages d’actions prévues en 2018-2022 ont sans doute quelque valeur, mais lorsqu’on évoque des opérations sur 10 ans seulement démarrées entre 2023 et 2027, on est plutôt déjà dans la promesse électorale pour la prochaine présidentielle. Quant aux engagements d’actions en 2032 ou 2037, ils relèvent plus de ce nouveau genre à la mode, quand il s’agit d’environnement, dont le titre pourrait être «  en 2050, quand je ne serai plus depuis longtemps aux affaires, la France sera vachement écolo ».

La voiture reine

Les points positifs du rapport résident déjà dans des constats que les écologistes dressent depuis longtemps, l’échec du report modal diminuant la part de la voiture par exemple. Pour un trajet de plus de 10 km jusqu’au lieu de travail, donc souvent totalement ou en partie urbain, la voiture représente encore le chiffre effrayant de 80% des choix des français. Presque pire, pour un trajet de moins d’un km, la bagnole prend encore 58% des parts de marché (ou plutôt du refus de marcher ?). Toutes distances confondues, le choix du vélo représente quant à lui 2% des choix !

On mesure donc l’effort à fournir en matière d’infrastructures pour rendre efficaces et sûrs, donc attractifs, les transports collectifs et les transports actifs, marche ou vélo.

Trois scénarios sont proposés.

Le lecteur pressé en trouvera un petit résumé page 55 du rapport. Le premier est bâti pour ne pas exiger de ressources supplémentaires pour les transports, ses ambitions sont donc nécessairement limitées, il élimine bien des grands travaux, inutiles ou utiles. Le scénario 2 exige 60 milliards sur 20 années pour l’AFTITF (Agence de financement des infrastructures de transport de France). Il a pour priorités la restauration et la modernisation du patrimoine, l’amélioration des mobilités du quotidien, la réduction de la saturation des nœuds ferroviaires, tous objectifs que les écologistes soutiennent, et aussi les premières phases de grands projets que nous détaillerons. Le scénario 3 « correspond à l’accélération des projets du scénario 2 pour mieux répondre aux attentes des territoires ». Il exigerait de doubler les dépenses pendant dix ans au moins, par rapport à la période 2012-2016.

Quelques choix importants pour la Bourgogne

1. La LGV Rhin Rhône ne serait pas financée d’ici 2038, ce qui est satisfaisant pour une opposition comtoise et bressane qui a prouvé l’ inutilité et la nocivité d’un tracé nouveau pour une branche sud, parallèle à une ligne à deux voies existante. Restons évidemment vigilants car « une réévaluation de la situation pourra utilement être faite à l’échéance 2027 »

2. La modernisation de la ligne existante Dijon-Modane, notamment pour le fret, répond à notre projet de faire revivre la ligne Dijon-Ambérieu, très sous-utilisée, et elle contribuerait au désengorgement du nœud lyonnais.

3. La régénération de la VFCEA, que nous soutenons, est chiffrée à 120 millions d’euros, avec un démarrage repoussé à la période 2028-2032 dans le scénario 1, et engagée dès 2018-2022 dans les 2 autres scénarios. Notons la précision : « Le Conseil considère qu’il y a lieu de distinguer la régénération de la voie qu’il juge clairement prioritaire de la question de l’électrification dont l’intérêt, même à moyen-long terme, apparaît moins évident, a fortiori avec l’émergence de nouvelles motorisations propres et efficaces dont celles reposant sur l’hydrogène ».

Par ailleurs, la ROUTE RCEA serait dans tous les scénarios concédée, et les tranches de travaux 2 et 3 seraient engagées dès 2018-2022 pour 435 millions, dans tous les cas.

4. Le traitement du nœud ferroviaire lyonnais est important pour un développement européen du transport ferroviaire, il est essentiel aussi pour nos TER bourguignons, qui arrivent dans une gare de la Part-Dieu surchargée, et qui risquaient pour partie de s’arrêter à Vaise. Dans les 3 scénarios, il est prévu d’engager les travaux, tranche 1, dès 2018-2022, puis pour la tranche 2 en 2023-2027, le scénario 3 accélérant les choses. Le contournement CFAL est acté, avec des échéances 2037 (sc 1), 2028-32 (sc 2) , ou 2018-22 ( sc 3).

Les débats sont encore vifs dans notre commission transports sur l’appréciation des avancées et des stagnations.