Mobilisation contre le projet des 4000 bovins, 7 novembre : intervention de Claire Mallard, co-secretaire régionale EELV Bourgogne
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Quand j’ai pris connaissance du projet de 4000 bovins, j’ai d’abord cru à une mauvaise blague. Naïvement, je me disais que dans un espace naturel aussi remarquable que le Charolais Brionnais, riche de sa biodiversité, et dont les efforts pour promouvoir une filière allaitante de qualité sont connus, les conditions étaient réunies pour un projet d’élevage biologique extensif qui rends de nombreux services environnementaux.

Et bien non, comme le disait Audiard, on ose tout. Pourtant, après 40 ans d’élevage concentrationnaire, tout le monde a pris conscience des dégâts sanitaires, environnementaux et de la souffrance animale causée par cette industrie.

Avec ce projet, on a un concentré de toutes les dérives de l’élevage intensif. Les lacunes de l’étude d’impact montrent bien que cette ferme-usine expose à la fois les habitants, la faune, la flore et les animaux à des risques irréversibles.

Quelques rapides exemples pour illustrer mon propos : Impact climatique pas évalué, utilisation massive de biocides, d’antibiotiques et volume d’effluents important avec le risque pour l’Arroux de devenir une poubelle polluée par des déchets toxiques, idem pour les émanations d’ammoniac et leurs conséquences sur la qualité de l’air, réglementation européenne sur les transports d’animaux vivants sur de longues distances négligée…

De plus, l’inter-profession contestent les traités de libre échange comme le CETA et le Mercosur. Si la menace de la concurrence pour une profession en difficulté suscite des inquiétudes, elles s’expriment aussi sur le volet sanitaire, les règles canadiennes sur l’usage d’antibiotiques ou les accélérateurs de croissance étant plus souples.

Alors, pourquoi osez présenter un projet aussi culotté ? Outre la clémence des autorités publiques dont a bénéficié l’exploitation en situation irrégulière depuis quelques années, c’est bien parce que la politique agricole encourage ce type d’activités grâce aux aides à l’export.

Si la PAC rémunérerait vraiment les services environnementaux et que la réglementation européenne interdisait les transports longs d’animaux vivants comme le demande + d’un million d’européens, nous ne serions pas là à nous mobiliser contre un projet d’arrière-garde.

Pour conclure, je vais me référer aux préoccupations des françaises et des français pour déconstruire le discours insupportable des lobbyistes qui volontairement opposent les enjeux écologiques et les enjeux économiques.

Selon plusieurs études de l’INSEE et l’ADEME, les Français sont très majoritairement prêts à accepter des changements importants dans leurs modes de vie, à condition qu’ils soient accompagnés de dynamiques collectives de la part des pouvoirs publics, particulièrement l’État. Je rappelle également que 90 % des français condamne l’élevage industriel ( chiffres issus de 2 sondages d’opinion réalisés en 2013 et 2016).

Dans ces conditions et sur ce dossier, la responsabilité des autorités publiques est majeure. L’autorisation d’exploiter doit être refusée, aucune dérogation ne doit être accordée, et surtout il est urgent d’accompagner les paysans vers un modèle agricole et alimentaire qui concilie sécurité économique des producteurs, santé des consommateurs, préservation de l’environnement et bien-être animal.